BILLY GIBBONS: Hardware (2021)

3 ans après “The Big Bad Blues”, le célèbre guitariste de ZZ Top est de retour avec son troisième album solo “Hardware”. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Billy s'est de nouveau entouré de Matt Sorum qu'on ne présente plus et du guitariste Austin Hanks...

On a ici 12 titres plutôt rock écrits par Gibbons et Sorum épaulés par le tandem de la prod' Fiorentino/Schlosser à l'exception de la reprise de “Hey Baby, Que Paso” des Texas Tornados. Ça commence très fort, à la ZZ Top, avec “My Lucky Card” et on sait déjà que du haut de ses 71 ans Billy ne fera pas de quartier sur cet album. Ça continue crescendo avec “She's On Fire”, ses chœurs accrocheurs et son solo de guitare bien troussé par un Billy décidément très en forme. “More-More-More” a un petit côté 80's bien sympathique qui rappelle les meilleurs moments de “Eliminator” et Mr Gibbons torture sa guitare dans tous les sens. “Shuffle, Step & Slide” ne déparerait pas sur un album du Top car on a ici tous les ingrédients qui ont assuré le succès du trio texan à ses débuts. On calme un peu le jeu avec “Vagabond Man”, “petite” ballade de derrière les fagots qui permet à Billy de nous rappeler qu'il n'est pas seulement excellent à la six-cordes mais aussi au chant avec son timbre empreint de whisky et de volutes de fumée. On reste mid-tempo avec le lancinant “Spanish Fly” et ses guitares déstructurées sur une rythmique presque tribale ! On frôle la surf music voire le rocka-billy (sans vouloir faire un jeu de mot facile !) avec le très classique “West Coast Junkie” qui rappelle presque les Stray Cats des grandes années... Avec “Stackin' Bones”, on continue à explorer d'autres rivages musicaux mais toujours avec cette guitare et cette voix reconnaissables entre mille et l'appui vocal du duo Larkin Poe. “I Was A Highway” est un blues-rock très ZZ Top comme on les aime. Avec “S-G-L-M-B-B-R” le ton se durcit et on retrouve le Billy hard-rock qu'on apprécie tout autant. La reprise des Texas Tornados est peut-être le moment le plus faible de l'album avec son rythme et son refrain très linéaires et cela même si Billy se lance dans un superbe solo de guitare. L'album se clôture avec ce moment de grâce qu'est “Desert High” pour lequel Billy se livre à un “spoken word” de toute beauté un peu à la John Trudell avec une guitare plaintive.

Tout comme son prédécesseur, cet album solo de Billy Gibbons est chaudement recommandé aux aficionados de ZZ Top bien sûr mais aussi aux amateurs de blues/hard/classic rock car ils y trouveront forcément leur bonheur !

OLIVIER CARLE

Alors, le dernier disque du grand Billy égalera-t-il son excellent prédécesseur « The big bad blues » ?

Pas si évident que ça.

Évidemment, la guitare débordante de saturation et la chaude voix de Billy se reconnaissent immédiatement. À la batterie et à la production, on note la présence de Matt Sorum, connu dans le monde du hard rock depuis les années 90 (notamment avec Guns’N’ Roses et The Cult). De plus, cette production propose des morceaux vraiment sympas, à commencer par le meilleur titre « Shuffle, step and slide » (un Texas blues dans la grande tradition du Top classique avec une guitare mordante exprimant le son et le style de Billy). L’esprit des débuts du trio texan transparaît également dans « My lucky card » sur lequel la slide fait des ravages.

« She’s on fire » mélange allègrement des sonorités rockabilly avec un rythme échappé de l’album « Eliminator » tandis que le rock au tempo médium « I was a highway » balance bien. Il faut aussi mentionner le slow mélodique et aérien « Vagabond man » avec sa une six-cordes tout en finesse ainsi que « Desert highway » (un titre hispanisant lent et planant).

Après, c’est un peu moins attractif et les fans purs et durs du Texan barbu risquent d’être légèrement déçus.

« West coast junkie » offre un cocktail de surf music et de « Masters of sparks » (sur l’album « Tres hombres »). La chanson pop/rock « Stackin’ bones » (renforcée par les frangines de Larkin Poe aux chœurs) n’atteint pas forcément sa cible et la reprise des Texas Tornados « Hey baby, que paso » était sans doute dispensable.

Enfin, on subit deux morceaux de « remplissage » sans grand intérêt (« S-G-L-M-B-B-R » et « Spanish fly »).

Bon, tout cela n’est pas tellement surprenant, l’ami Billy nous ayant habitués à de nombreuses bizarreries avec ses potes du Top (des albums décevants depuis 1994) ou en solo (son premier opus « Perfectamundo »).

Il y a pire, c’est certain ! Et entre une réalisation moyenne du légendaire Billy et une production actuelle reflétant la nullité ambiante, le choix est vite fait. Cependant, l’écoute de cet album laisse une impression mitigée : un peu d’enthousiasme teinté de respect et un peu de déception à la fois, avec la balance qui penchera d’un côté ou de l’autre selon la sensibilité ou l’humeur de chacun.

Une chose est sûre, ce « Harware » ne fera pas oublier le disque précédent de Billy, « The big bad blues », qui était vraiment du Mister Gibbons de premier choix.

On ne peut pas gagner la timbale à chaque fois ! Mais, compte tenu de son passé de légende, Billy Gibbons en a-t-il encore besoin ?

Olivier Aubry